• Robert Laplante

Raymond Parent

Dernière mise à jour : 4 oct.

Il y en a coulé de l’eau sous les ponts depuis que Raymond Parent a publié sa première bande dessinée dans le légendaire quotidien montréalais La Patrie. Oui, oui, la même Patrie qui avait publié en 1904 la toute première bande dessinées francophone avec des phylactères de l’histoire. Il s’en est passé des choses depuis cette année 1978 où Raymond Parent, alors étudiant en arts plastiques, réussit à convaincre la rédaction du journal de lui faire confiance et de publier une de ses bédés.


Depuis notre bande dessinée a connu sa part de misère, d’espoir, de découragement et de renaissance mais jamais Raymond Parent n’a quitté le bateau. 44 ans après cette première publication, il est toujours là à dessiner ses petites histoires de papier. À l’occasion de la sortie du premier tome de sa toute nouvelle série La fabrique à BD, aux Éditions Michel Quintin, nous l’avons rencontré.


Quand on y pense, 44 ans de bandes dessinées c’est presque un exploit. D’autant plus que nos grands médias n’en n’ont parlé que très rarement tout comme les analystes et les observateurs de notre scène bd. « C’est peut-être un peu ma faute confesse le bédéiste. Je ne pousse pas beaucoup la promotion. Je n’ai pas tendance en à en faire. Je préfère mettre mon énergie dans la création de mes histoires. »


Une affirmation qu’il faut nuancée un peu. De la promotion il en a fait, en offrant par exemple des ateliers dans les écoles du Québec et du Canada francophone. « Oui c’est vrai mais c’était de la promotion par la bande. Ce n’était pas le but premier de mes visites dans ces écoles. Mais effectivement elles ont fait connaitre mes albums et mes personnages aux jeunes lecteurs et au fil du temps je me suis fait un nom auprès d’eux. »


S’il parle au passé de ces ateliers c’est qu’il en fait beaucoup moins depuis la COVID. « Avant elle j’en faisais 4 ou 5 par semaine. J’allais partout au Québec. Mais avec la pandémie c’est devenu plus compliqué à organiser. Et puis j’avais envie de me concentrer plus sur mes créations, je ne voulais pas que les ateliers ne finissent par empiéter sur elles. » Avec le résultat qu’aujourd’hui il n’en fait plus que 2 ou 3 par semaine et toutes dans la région de Montréal. « En vieillissant j’ai moins envie de faire de long voyage en auto » s’esclaffe-t-il.


Est-ce que cette promotion timide peut expliquer l’absence de reconnaissance médiatique ? Partiellement, dirais-je. Il y a peut-être les eaux où il nage, la bédé jeunesse, qui peuvent aussi l’expliquer. Cette dernière capte quand même moins l’attention des médias. Moins que l’adulte assurément. « C’est vrai qu’elle attire moins les médias » précise le bédéiste qui ne regrette pas son choix.


Parce que la bédé adulte il en a fait et durant une bonne partie de sa carrière. Il a même fait partie pendant quelques années du mythique magazine Croc. Avec le scénariste Yves Taschereau, il y proposait Les Ravibreurs, une parodie de la famille Lavigueur - vous vous rappelez ces fameux gagnants du gros lot du 6/49 qui se déchiraient dans les médias - qui a fait les délices des lecteurs du magazine irrévérencieux. « C’est amusant parce dans les salons du livre on m’en parle encore. Pourtant ça fait longtemps qu’elle est terminée. Ils reconnaissent une certaine filiation dans le dessin des Ravibreurs et dans celui de La fabrique à BD. » Ce qui n’est pas du tout le cas de son Bibop, sa série la plus populaire et qui a connu plusieurs rééditions.


Les principaux personnages de Raymond Parents des 40 dernières années.


Alors pourquoi avec le succès des Ravibreurs a-t-il décidé de faire la transition vers la bédé jeunesse ? « En fait ce sont les éditions 400 coups qui m’ont suggéré d’en faire. Selon eux, le marché était plus intéressant que celui de la bédé humoristique adulte. » Une constatation qui s’imposait avec la disparition de Croc et la frilosité des éditeurs face à la bd à l’humour mordant et corrosif.


Un choix audacieux peut-être, mais qui lui a permis d’explorer les sentiers de la bédé jeunesse depuis plus de 20 ans et d’inscrire ses personnages dans l’imaginaire de plus d’une génération de lecteurs. Des lecteurs qui ont grandi avec eux. « Je vois bien quand je fais les salons du livre ou quand je suis invité dans des écoles qu’ils connaissent mes albums, qu’ils les ont dans leurs classes. Dans certaines écoles que je visite je vois même des dessins qu’ils ont fait de Bibop sur les murs des classes, des corridors et sur leurs casiers. » Manifestement les jeunes aiment ses bédés. « Et quand les jeunes aiment quelque chose, ils l’aiment complétement » rajoute le bédéiste qui est aussi présent dans des magazines jeunesse comme Les explorateurs. « Pour cette revue je raconte surtout les histoires de Boris. Mais comme il fait partie du petit monde de Bibop ce dernier apparait de temps en temps comme le reste des personnages de son univers. »


Un succès qui ne l’empêche pas toutefois de s’ennuyer à l’occasion de ses anciennes amours « bédéesques. » « La bd adulte à moins de contraintes. En tout cas beaucoup moins que la jeunesse. Les éditeurs jeunesse ont des balises à respecter. Je ne peux pas dire n’importe quoi. Je peux faire moins de références, etc. Mais dans La fabrique à BD j’ai plus de marge de manœuvre, je peux rejoindre un public plus large, des enfants et des adultes. Un public de 7 à 77 ans » rigole-t-il.


La fabrique à BD tome 1

Raymond Parent

Éditions Michel Quintin

92 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout