• Robert Laplante

Paul, entretiens et commentaires

Dernière mise à jour : 27 juil.

Flaubert aurait dit « Madame Bovary c’est moi. » Aurait dit, parce l’existence de cette citation est remise en question. Hergé, lui, a dit, et ça personne ne le conteste, « Tintin, c'est moi quand j'aimerais être héroïque, parfait... Tintin c'est moi... Ce sont mes yeux, mes sens, mes poumons, mes tripes ! ... »


Et Michel Rabagliati là-dedans ? Eh bien, lui, il pourrait sans problème dire « Paul c’est moi? » Paul… et tout son petit univers. En tout cas c’est ce que croit Michel Giguère qui vient de publier le magnifique Paul, une entrevue fleuve qu’il a faite avec le bédéiste québécois que tout le monde aime.


« Les albums de Paul m’ont beaucoup touché. Parce qu’on est, lui et moi, de la même génération, parce qu’on vient un peu du même endroit. Mais aussi parce qu’il y a de la bienveillance et des bons sentiments dans Paul et que ça fait du bien dans une époque où le cynisme règne » explique le talentueux médiateur en bande dessinée Michel Giguère. « Pour moi, c’est évident que cette bienveillance explique son succès. »

Michel Giguère met le doigt sur ce qui pourrait expliquer en grande partie, en dehors du talent de conteur du bédéiste et de son trait réjouissant, son succès. Parce qu’il est indéniable que chaque Québécois, moi y compris, se reconnait dans son petit univers et y investit une part de sa sensibilité. Nous sommes tous Paul, comme nous sommes tous les autres personnages de sa bande dessinée. Cette incroyable preuve d’amour des Québécois a permis à son alter ego de papier de quitter le petit milieu de la bande dessinée pour s’inscrire dans notre patrimoine culturel populaire collectif.

Avec son parfum d’authenticité et son quotidien qui ressemble au nôtre, Rabagliati propose une œuvre personnelle, rassembleuse, touchante et résolument sympathique. Un univers tellement proche de nous qu’on a l’impression d’en faire partie. Un peu comme l’a fait Michel Tremblay ou encore Claude Jasmin dans La petite patrie.


« C’est vrai que lorsqu’on regarde son portrait du Québécois ordinaire, on peut le comparer à Michel Tremblay » acquiesce Michel Giguère. Et tout comme pour Tremblay et Jasmin, les bédés de Rabagliati sentent bon la sincérité et la véracité. Rien ne sonne faux, ni le langage, ni les situations, ni les décors, ni les reconstitutions.


« Michel a une mémoire hallucinante. Non seulement il peint fidèlement les objets de l’époque où se déroule son histoire, on pense entre autres aux formes des bouteilles de bière, aux modèles d’automobiles, aux émissions de télévision. Mais en plus il ressort des expressions de l’époque. » Des expressions qu’on a tous utilisé pendant quelques mois et qui se sont enfouies au fond de notre mémoire collective. Des expressions qui n’attendaient qu’une petite poussée pour retourner à l’air libre. Cette poussée, Rabagliati la maitrise parfaitement et c’est aussi pourquoi son écriture nous semble aussi séduisante que familière. « La capacité qu’il a, de se rappeler de ces expressions m’impressionne beaucoup. »


Maitre de l’autofiction le bédéiste semble presque un livre ouvert, sans aucun secret pour nous. Presque. Parce que selon Michel Giguère, il ne s’ouvre pas totalement « Oui il se met souvent à nu, mais il révèle bien ce qu’il veut révéler. Il va jusqu’où il veut bien aller. Il se garde une grande réserve. Il sait ce qu’il peut dire et comment le dire. Alors oui il se dévoile beaucoup mais il se garde quand même des zones plus secrètes. »


Ce qui n’empêche pas certains lecteurs de faire un amalgame entre la vie du créateur et celle de Paul. Un phénomène inquiétant? Pas pour le créateur. « Ça arrive mais je n’ai pas senti que ça le dérangeait. De toutes façons l’autofiction c’est aussi la valse entre la fiction et la réalité. Et puisque ça fait près de 20 ans qu’il en fait, il doit bien s’en accommoder. »


Et pour s’en accommoder, il s’en accommode sans problème. Il s’en accommode tellement bien qu’il ne sent toujours pas le besoin de s’engager sur les platanes de la fiction. Et pourquoi le ferait-il, puisque l’autofiction continue de lui permettre d’affiner son style. « Effectivement il continue d’évoluer. Il évolue narrativement. Il évolue graphiquement. Je trouve même que son trait est de plus en plus beau. »


Ce qui ne l’empêche pas de lorgner vers d’autres formes narratives. « Il planche présentement sur un récit qui n’est pas une bande dessinée à proprement parler. C’est plutôt un roman illustré, de la prose avec des illustrations. Mais ça reste du Paul. »


Une nouvelle aventure risquée pour Paul? Pas tant que ça. Après tout, s’il a bien quitté les sentiers de la bande dessinée pour déambuler avec succès sur celui de la pellicule, il peut bien explorer avec brio le roman. Et qui sait quelles avenues il pourra emprunté après : la comédie musicale, l’opéra, le théâtre, la série télé ou le balado. Avec un univers aussi riche tout est possible. Si Michel Tremblay l’a fait, Michel Rabagliati peut bien le faire aussi.


Pour ceux qui ont encore des doutes sur l’importance de Paul dans notre imaginaire collectif, ils n’ont qu’à lire cette superbe randonnée dans l’univers de Rabagliati signée Michel Giguère et Michel Rabagliati.

Paul, entretiens et commentaires

Michel Giguère, Michel Rabagliati

Ed. La Pastèque


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