• Robert Laplante

Débarqués

Dernière mise à jour : 4 oct.

On a tous rêvé enfant et adolescent à notre métier idéal. Pour certains c’était pompier, policier, architecte, médecin, explorateur, cinéaste, dompteur de lions, de vers à soie, d’escargots ou humoriste comme un célèbre criminel « gothamien. » Moi c’était écrivain ou… agriculteur. Même si un étrange test d’orientation distribué à mon école secondaire me recommandait plutôt de faire curé ou espion international !!!


André Marois, lui, c’était de devenir scénariste de bande dessinée. Oui, oui vous avez bien lu, le talentueux romancier voulait avant tout raconter des histoires dessinées. Eh bien avec l’aide de Michel Hellman et des éditions La Pastèque il a enfin réalisé son rêve. Il l’a écrite sa bd. Une bd qui se nomme Débarqués.


« Je fais beaucoup d’animations dans les écoles et je dis souvent aux étudiants que je plus jeune je ne rêvais pas d’être romancier, mais scénariste de bd pour adulte » explique l’auteur qui dévorait ado et jeune adulte les Pilote, Métal Hurlant, Charlie Mensuel et autres À Suivre. « J’avais même proposé des trucs chez À suivre et Charlie Mensuel. Mais ça n’avait pas fonctionné parce que je n’avais pas de dessinateur. Les rédacteurs me recommandaient d’avoir un dessinateur, mais je n’en connaissais pas. Mes tentatives se sont donc arrêtées là. Mais je n’ai jamais perdu l’envie d’en écrire. »


On ne saura jamais si ce qu’il avait proposé à ces mythiques revues avait du potentiel, mais ce qui est certain c’est qu’avec Débarqués il a trouvé la parfaite histoire pour séduire un éditeur et un dessinateur. Et tout ça grâce à un songe de l’illustratrice Isabelle Arsenault. « L’idée vient d’un de ses rêves. Elle y voyait une barque où se trouvaient une ou deux personnes handicapées. Elle me l’a raconté parce qu’elle trouvait que j’étais la meilleure personne pour en faire une bonne histoire noire » raconte l’auteur reconnu pour ses explorations romanesques du côté sombre de la psyché humaine. « Et parce qu’elle aime bien ce que j’écris » s’empresse-t-il de rajouter avec un sourire dans la voix. »


Séduit par le potentiel dramatique du rêve il pioche sur un scénario qu’il lui envoie. « Elle l’a aimé, mais elle ne se sentait pas capable de l’illustrer parce qu’elle ne faisait pas de bande dessinée. »

Qu’importe, Frédéric Gauthier de La Pastèque aime le projet et se met à la recherche d’un dessinateur. Il le trouve en la personne de Michel Hellman. Le pari n’est toutefois pas gagné pour autant puisque l’excellent auteur de Nunavik et de Mile-End n’illustre que ses propres scénarios. « Frédéric lui a proposé mon texte et il a refusé. Mais il a quand même accepté de le lire. »


Comme le hasard fait bien les choses, l’histoire de cette « road bédé, » presque quête initiatique dans les forêts du grand ouest québécois, lui reste dans la tête. Assez, du moins, pour qu’il décide de l’illustrer.


Même si Marois n’avait jamais écrit de véritables scénarios bédé, même si Hellman travaillait d’habitude que sur ses propres histoires la mayonnaise prend rapidement entre les deux créateurs. Comme s’ils avaient toujours travaillé ensemble. « Michel c’est aussi un scénariste, il sait raconter en bd des histoires. Il a lu mon texte. On en a parlé un petit peu et à partir de là il a fait son adaptation et a gardé ce qui lui paraissait essentiel. » Même si l’essentiel d’Hellman n’était peut-être pas automatiquement le sien.


« Vous savez je ne suis pas jaloux de mon texte » lance celui qui ne veille pas sur ses écrits comme Harpagon sur son or. « J’étais très à l’aise avec sa vision, elle fonctionnait très bien, elle me ressemblait beaucoup » souligne-t-il avec enthousiasme.


Mais attention ça ne veut pas dire qu’il ne s’est pas mêlé un peu de l’adaptation « hellmanienne. » Quelques précisions ici et là pour améliorer la compréhension du lecteur et une poignée de dialogues. « Pour les dialogues, je suis un peu plus pointilleux. Je les travaille, retravaille et reretravaille pour qu’ils soient justes, percutants et authentiques. »


Ça pour être percutant, authentique et juste ils le sont. Tellement que j’avais l’impression que ses personnages disaient exactement ce que j’aurais dit en pareilles circonstances. Idem pour les silences qui jouent un rôle fondamental dans le déroulement de l’intrigue. Un rôle d’autant plus important que l’autoradio est fermé et que le seul bruit qui vient interrompre l’hypnotique ronronnement de l’automobile sont les notes de Calvaire du groupe La Chicane.


« Ç’est vrai qu’on a l’impression de les entendre. Ça, c’est grâce à Michel. Débarqués c’est un road trip en camionnette. La seule chose qui avance, qui les amène un peu plus loin c’est elle. Il fallait absolument qu’on sente la longueur du voyage, les paysages qui défilent silencieusement et leurs regards. » Tous ceux qui ont fait ces longs trajets en auto, en bus ou en train connaissent ce silence qui s’impose quand il n’y a plus rien à dire et que ça fait 8 fois qu’on s’extasie devant les mêmes paysages monotones. « Le silence c’est la force de la bande dessinée, pas seulement de Débarqués mais de la bédé en général. Quand l’image dis tout, ça ne sert à rien d’ajouter du texte. »


Je ne sais pas si j’aurais fait un bon écrivain, un bon fermier, un bon curé – quoique j’en doute – ou un bon espion international. Je ne sais même pas si je voudrais réaliser mes rêves de jeunesse si on m’en offrait l’opportunité. Je ne sais pas. André Marois, lui, a tellement aimé qu’il est déjà prêt à en faire d’autres et peut-être même une autre avec Michel Hellmann. « La bande dessinée fait partie de mon ADN. J’adorerais en faire d’autres » rajoute le romancier qui travaille présentement sur un autre projet bédé. « On m’a proposé de faire une bédé documentaire sur un boxeur inconnu encore vivant. Pour l’instant il me raconte sa vie et je travaille pour en faire un scénario intéressant. Disons que c’est un projet exploratoire. Pour Michel rien n'est prévu pour l’instant, j’ai adoré travailler avec lui et je le ferais de nouveau n’importe quand. »


D’autant plus sa sombre histoire aux pointes d’espoir se termine sur une fin ouverte et presque modérément optimiste. « C’est vrai qu’on pourrait faire une suite surtout que je n’ai pas tué Coco et Winston comparativement aux personnages de mes romans. Mais bon une suite n’est pas dans mes cartons pour l’instant » conclut-il.


Alors est-ce que Coco et Winston sortiront indemnes de la forêt abitibienne? On ne le saura peut-être jamais. À moins que…


Mais ça c’est une autre histoire.


Débarqués

Michel Hellman, André Marois

La Pastèque.

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