• Michel Giguère

Au fond des choses

Dernière mise à jour : 4 oct.

Voilà, ma «diapo-conférence» est fin prête. 185 fichiers images, des couvertures et des planches que j'ai numérisées, recadrées, éventuellement juxtaposées quand il s'agit de double-planches... Mais aussi 25 pages de notes, et un nombre incalculable d'heures de boulot. Chaque mois.


Demain soir, ce dernier Rendez-vous de la BD sera enregistré puis diffusé sur la page Facebook de la Maison de la littérature, comme les précédents, depuis septembre 2020. Il aura une durée d'environ 90 minutes. On m'a demandé de resserrer quelque peu mes exposés, webdiffusion oblige. Dans l'auditoire en salle, certains parmi les fidèles déplorent que ce soit moins long qu'avant... Je le prends comme un compliment!


Je n'invente rien en avançant à mon tour que notre époque est dominée par les communications, et que ces communications relèvent bien davantage des contenants que des contenus. On s'enthousiasme de toutes ces nouvelles manières de communiquer, en perpétuelle évolution! On passe un temps fou sur nos écrans, nos claviers, à interagir de plus en plus rapidement, de plus en plus efficacement... mais pour se dire quoi?


Dans nos textos, on massacre notre langue à force de vouloir l'abréger, l'amputer, la ramener au strict minimum. Bon sang, c'est exactement le cauchemar absurde que décrivait George Orwell dans son célèbre roman d'anticipation 1984, c'est l'avènement de la novlangue! Les parallèles à faire entre cette oeuvre et notre début de 21e siècle m'ont frappé, quand j'ai préparé et présenté les cinq transpositions en bande dessinée parues en 2021 (5 X 1984, en octobre 2021).

Serge Gaboury et Michel Giguère. Rendez-vous de la BD, septembre 2019.


Sur les réseaux sociaux, les internautes survolent, effleurent, furtivement, superficiellement. Il faut faire court. Le second paragraphe est de trop, la notion même de paragraphe est incongrue sur Facebook. Sur Twitter, on limite le nombre de caractères. Sur Instagram, on évacue carrément les mots. Ça ne traduit pas tant le règne de l'image que celui de l'accélération. Un coup d'oeil sur une image, un clic sur un pictogramme, et le tour est joué. Plus long que ça, on n'a pas le temps!


Alors Giguère, avec la webdiffusion de ses «diapo-conférences» de presque deux heures, il est sacrément dans le champ! Pourtant, les séances de deux heures ne me suffisent plus à couvrir un sujet. Depuis bien longtemps, peu importe que j'aborde un genre, une tendance éditoriale, un auteur, une thématique ou une dimension du langage du médium, il me faut deux soirées, parfois davantage, pour aborder l'ensemble du sujet. Dans certains cas, ça prend la forme de séries (par exemple avec la BD documentaire ou les transpositions d'oeuvres littéraires en BD).


J'utilise les verbes «couvrir» et «aborder», comme s'il n'était même pas question d'aller au fond des choses, mais je dois avouer qu'assez souvent, j'entraîne l'auditoire plus loin que dans les sessions d'ateliers que j'ai dispensés pendant 30 ans, plus loin que ne me le permettraient les autres tribunes accessibles. Aller plus loin, voilà le luxe rare que je m'offre depuis 17 ans avec les Rendez-vous de la BD.

Aller plus loin, c'est également le défi que j'ai eu le goût de relever avec la Pastèque et avec mon homonyme, l'autre Michel, le vrai, en élaborant le prolongement papier de la formule des R-V BD. Il en a résulté Paul, entretiens et commentaires, communément appelé Le gros Paul. Nous avons pris le pari que le public québécois était près pour un ouvrage qui les entraîne au coeur de la démarche d'un bédéiste, de son contexte professionnel, de son oeuvre, et de son art (avec ce que ce concept implique de technique, de métier, de méthode, d'inspiration, de sens de la narration).


Y aller en profondeur, c'est plus exigeant et il faut y mettre le temps. C'est vrai pour la lecture d'un article de fond ou l'écoute d'une conférence. Cette nouvelle plate-forme en ligne, créée par Jean-Dominic Leduc, le permet. Certains chroniqueurs, médiateurs et autres critiques vont vous convier dans les prochains mois à découvrir, à réfléchir, à élargir vos horizons en matière de bande dessinée. Souhaitons bon succès à Bande dessinée québécoise - site référentiel du 9e Art québécois! Et osons approfondir...


Michel Giguère, médiateur en bande dessinée,

concepteur des Rendez-vous de la BD,

auteur avec Michel Rabagliati de Paul, entretiens et commentaires

93 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout